Voie d’Espoir aux Pays-Bas : une importante rencontre avec INEA et Plan Kiskeya autour de la recherche des origines
La mission de Voie d’Espoir aux Pays-Bas a franchi une étape importante ce lundi 19 octobre 2026, à l’occasion d’une première grande rencontre institutionnelle avec INEA et Plan Kiskeya, consacrée à la recherche des origines et à la reconnexion familiale.

Cette réunion a rassemblé les membres du conseil d’administration d’INEA, l’équipe de Plan Kiskeya, ainsi que des représentants du ministère néerlandais de la Justice , qui ont participé aux échanges en ligne.
INEA (Identiteit, Nazorg, Erkenning en Adoptievraagstukken) est le centre néerlandais d’expertise sur l’adoption internationale. Créé à l’initiative du ministère de la Justice et de la Sécurité, il constitue un dispositif national d’information, d’orientation et d’accompagnement des personnes adoptées à l’étranger, notamment dans leurs démarches de recherche des origines, d’accès aux dossiers d’adoption et de soutien psychosocial et juridique.
Au cœur de cette rencontre figuraient le droit aux origines, l’accès à l’identité, la recherche des familles biologiques et les mécanismes d’accompagnement des personnes adoptées dans leur quête de vérité et de reconnexion avec leur histoire personnelle. L’ocasion pour Michel Joseph, journaliste et fondateur de Voie d’Espoir et Dirk Vermeyen de présenter l’organisation haïtienne, son histoire, sa mission, ses méthodes de travail, ses réalisations, ainsi que les défis auxquels elle est confrontée dans sa mission en Haïti.
Fondée officiellement en septembre 2020, Voie d’Espoir trouve ses origines dans une série d’enquêtes journalistiques réalisées en 2015 sur l’adoption internationale en Haïti. Ces investigations avaient notamment permis de recueillir les témoignages de familles biologiques ayant perdu le contact avec leurs enfants adoptés à l’étranger.
Une attention particulière a été accordée au projet RAPWOCHE/KONEKTE, mis en œuvre par Voie d’Espoir en collaboration avec Plan Kiskeya, grâce au financement d’INEA. Cette initiative vise notamment à identifier et enregistrer les familles biologiques, à documenter leurs histoires, à faciliter les recherches à travers les enquêtes de terrain et les tests ADN, et à accompagner les éventuelles retrouvailles dans le respect du consentement, de la confidentialité et du rythme de chaque personne concernée.
Au-delà de la présentation des activités, cette réunion a constitué un espace d’évaluation, de réflexion et de dialogue. Évaluer les avancées, analyser les méthodes, questionner les pratiques, comprendre les réalités du terrain haïtien et réfléchir aux perspectives du projet : autant d’exercices nécessaires pour mesurer le chemin parcouru et identifier les améliorations à apporter.
Ces échanges prennent une dimension particulière aux Pays-Bas, où environ 40 000 enfants originaires de quelque 80 pays ont été adoptés à l’international au cours des dernières décennies, parmi lesquels des enfants haïtiens.
Les Pays-Bas face à leur passé en matière d’adoption internationale
L’adoption internationale y fait l’objet, depuis plusieurs années, d’importantes remises en question. En février 2021, une commission indépendante présidée par Tjibbe Joustra a rendu public un rapport mettant en lumière de graves dysfonctionnements et des abus dans les procédures d’adoption internationale, notamment des falsifications de documents, des irrégularités administratives, des fraudes et des pratiques pouvant aller jusqu’au trafic d’enfants.
L’enquête, principalement consacrée à la période 1967-1998, portait sur plusieurs pays d’origine, dont le Bangladesh, le Brésil, la Colombie, l’Indonésie et le Sri Lanka. Elle a également mis en cause l’insuffisance des contrôles et l’inaction des autorités néerlandaises face à des signalements d’abus. À la suite de ces révélations, le gouvernement néerlandais a présenté des excuses officielles et suspendu les nouvelles procédures d’adoption internationale en février 2021.
Après une reprise encadrée de certaines procédures, les autorités ont annoncé, en mai 2024, qu’aucune nouvelle procédure ne serait engagée. En décembre de la même année, elles ont précisé les modalités d’une suppression progressive des adoptions internationales sur une période de six ans, avec une échéance fixée à la fin de 2030. Parallèlement, des mesures ont été engagées pour améliorer l’accès aux dossiers d’adoption, faciliter les recherches d’origines et renforcer l’accompagnement des personnes adoptées confrontées aux conséquences de pratiques irrégulières.
Et en Haïti, qui fera la lumière sur les adoptions internationales ?
Ces évolutions soulèvent une interrogation fondamentale : qu’en est-il d’Haïti, pays d’origine de milliers d’enfants adoptés à l’étranger ? Alors que les autorités de plusieurs pays d’accueil, les personnes adoptées et différents acteurs internationaux multiplient les démarches pour comprendre les pratiques du passé, établir les responsabilités et favoriser l’accès à la vérité, ces questions demeurent largement absentes des priorités institutionnelles et du débat public haïtien. Pourtant, les interrogations ne manquent pas.
Dans quelles conditions des milliers d’enfants haïtiens ont-ils été confiés à l’adoption internationale au fil des décennies ? Les procédures ont-elles toujours respecté les droits des enfants et de leurs familles biologiques ? Quel rôle ont joué les intermédiaires, les organismes d’adoption et les institutions chargées de leur contrôle ? Que sont devenues les archives permettant aujourd’hui à ces personnes de reconstituer leur histoire ? Et quelles réponses apporter aux familles qui affirment avoir été séparées de leurs enfants sans avoir pleinement compris les conséquences de leur décision ?
Ces questions ne constituent pas, en elles-mêmes, des accusations. Elles appellent à des réponses documentées, fondées sur des investigations indépendantes, rigoureuses et transparentes. Haïti ne peut se contenter d’être un pays d’origine dans les dossiers d’adoption et de rester en marge des débats internationaux sur la vérité, la responsabilité et la réparation.
Née d’une démarche journalistique en 2015, Voie d’Espoir poursuit aujourd’hui son engagement à travers la recherche, la médiation et l’accompagnement des personnes adoptées et des familles biologiques. Mais au-delà des retrouvailles individuelles, une question collective demeure : celle de la nécessité de documenter cette histoire, d’en préserver la mémoire et de permettre aux personnes concernées d’accéder aux informations qui leur appartiennent.Car derrière chaque adoption se trouve une histoire. Et derrière certaines histoires, des questions auxquelles personne n’a encore véritablement répondu.