Après le Nord et le Sud, RAPWOCHE/KONEKTE étend les tests ADN aux familles de l’Ouest

Après le Nord et le Sud, RAPWOCHE/KONEKTE étend les tests ADN aux familles de l’Ouest
Environ une quarantaine de familles ont participé, le dimanche 4 Octobre 2026, à Banj, à Delmas, à une journée de tests ADN organisée par Voie d’Espoir dans le cadre du projet RAPWOCHE/KONEKTE. Une grande première dans le département de l’Ouest, après plusieurs séances déjà réalisées dans le Grand Nord et le Grand Sud. Derrière chaque prélèvement, des histoires de séparation, de regrets et surtout l’espoir de retrouver un jour un enfant confié à l’adoption.
Des années ont passé. Pour certaines familles, plus de vingt ans. Pour d’autres, davantage encore. Les souvenirs, eux, sont restés. Dimanche 4 octobre, à Delmas, les prélèvements ADN n’étaient que la partie visible d’une journée particulièrement chargée d’émotions. Avant le geste technique, il y avait des histoires à raconter : celles de mères, de pères, de frères et de sœurs qui vivent depuis des années avec l’absence d’un proche confié à l’adoption.
Environ une quarantaine de familles ont répondu à l’appel de Voie d’Espoir (VE) et de son partenaire Plan Kiskeya pour cette première journée de tests ADN organisée dans le département de l’Ouest dans le cadre du projet RAPWOCHE/KONEKTE, lancé en 2024. Après le Grand Nord et le Grand Sud, où plusieurs séances ont déjà été organisées, le projet franchit ainsi une nouvelle étape en revenant à Port-au-Prince.
Parmi les participants, Carole Lafaille. Son histoire donne une résonance particulière à cette nouvelle journée organisée par Voie d’Espoir. Mère biologique de trois enfants confiés à l’adoption, Carole vit depuis des années avec les regrets, le chagrin de la séparation et le désir de savoir ce qu’ils sont devenus.
Mais contrairement à beaucoup de familles présentes ce dimanche, son histoire compte déjà une première retrouvaille. Le 6 mars 2021, elle avait participé à la grande journée d’enregistrement des familles biologiques organisée à Port-au-Prince par Voie d’Espoir. Cette démarche allait porter ses fruits : l’un de ses fils a depuis été retrouvé. Aujourd’hui, mère et fils sont en contact et échangent régulièrement.
Une première reconnexion qui n’a cependant pas effacé l’absence de ses autres enfants. Elle a plutôt renforcé chez Carole la conviction que d’autres retrouvailles restent possibles. « J’ai beaucoup de regrets et de chagrin. J’ai déjà eu la chance de retrouver l’un de mes fils. Maintenant, ce que je souhaite, c’est pouvoir retrouver mes autres enfants, savoir ce qu’ils sont devenus et, si c’est possible, les revoir », confie-t-elle.
Son parcours illustre aussi l’importance d’un travail qui s’inscrit nécessairement dans la durée : conserver les informations des familles, poursuivre les recherches au fil des années et multiplier les outils susceptibles de faire se rejoindre deux personnes qui se cherchent parfois sans le savoir. Pour Carole, le prélèvement effectué ce dimanche n’est donc pas un premier geste. Il s’inscrit dans une histoire commencée plusieurs années auparavant et déjà marquée par une retrouvaille. Il porte désormais l’espoir d’en rendre d’autres possibles.
À quelques pas de là, une autre histoire raconte la même attente. James Louis a accompagné sa mère à l’activité. Aîné de la famille, il se souvient encore du départ de sa sœur, confiée à l’adoption il y a plus d’une vingtaine d’années. Il raconte surtout les années qui ont suivi et la tristesse persistante de sa mère. « Ma mère ne sait même pas à quoi ressemble sa fille aujourd’hui. Elle ne connaît pas son visage d’adulte. Son plus grand souhait, c’est de pouvoir la revoir avant de mourir », explique-t-il.
Des histoires différentes, mais traversées par les mêmes interrogations : Où est-il ? Où est-elle ? Que sont devenus nos enfants ? Se souviennent-ils de nous ? Pourrons-nous un jour nous retrouver ?
Pour certaines familles, les informations disponibles sont extrêmement limitées. Quelques noms, une date approximative, un ancien document, une photographie ou le souvenir des circonstances dans lesquelles l’enfant est parti constituent parfois les seuls éléments permettant d’entamer une recherche. Dans ces situations, l’ADN peut devenir un outil supplémentaire.
La journée organisée à Delmas constitue, pour Voie d’Espoir et Plan Kiskeya, une phase pilote dans le département de l’Ouest.
Si les ressources disponibles le permettent, les deux organisations souhaitent organiser davantage de séances de tests ADN afin de permettre à un plus grand nombre de familles biologiques de la région métropolitaine et d’autres communes du département d’intégrer le dispositif de recherche.
Ces dernières années, la détérioration de la situation sécuritaire dans la capitale a considérablement limité les possibilités d’organiser des activités de terrain de cette ampleur à Port-au-Prince. Voie d’Espoir et Plan Kiskeya ont ainsi concentré une partie importante de leurs interventions dans les villes de province, particulièrement dans le Grand Nord et le Grand Sud.Le retour d’une activité de tests ADN à Port-au-Prince revêt donc une dimension particulière.
Un retour cinq ans après la grande mobilisation de 2021
Pour Michel Joseph, président fondateur et directeur exécutif de Voie d’Espoir, cette journée marque aussi un retour aux sources.
« Notre dernière grande activité à Port-au-Prince remonte au 6 mars 2021. Ce jour-là, plusieurs centaines de familles s’étaient déplacées pour se faire enregistrer dans notre base de données. Certaines des familles présentes aujourd’hui avaient déjà entrepris cette démarche à cette époque », rappelle-t-il.
Cette mobilisation avait permis à Voie d’Espoir de mesurer l’ampleur d’une réalité longtemps restée peu visible : celle de familles biologiques haïtiennes qui, parfois plusieurs décennies après une adoption, continuent de rechercher leurs enfants. Pour Michel Joseph, pouvoir aujourd’hui proposer l’outil ADN à certaines de ces familles constitue une nouvelle étape dans leur quête.
« Pendant longtemps, ces familles n’avaient que des noms, quelques documents, des souvenirs, parfois une photographie et surtout beaucoup d’espoir. L’ADN nous offre aujourd’hui un outil supplémentaire. Il ne garantit pas une retrouvaille, mais il peut ouvrir une possibilité lorsque les recherches documentaires ou les informations disponibles atteignent leurs limites. Pour une famille qui attend depuis vingt ou trente ans, cette possibilité représente énormément », souligne-t-il.
Lancé en 2024, le projet RAPWOCHE/KONEKTE vise à renforcer les possibilités de recherche et de reconnexion entre les personnes adoptées d’origine haïtienne et leurs familles biologiques.
Mis en œuvre par Voie d’Espoir et Plan Kiskeya avec le soutien financier d’INEA, le projet combine notamment l’enregistrement des familles, la documentation des parcours, les tests ADN, la recherche de correspondances et l’accompagnement des personnes concernées.
Après les activités réalisées dans le Grand Nord et le Grand Sud, cette première expérience à Delmas ouvre donc une nouvelle perspective pour les familles du département de l’Ouest.
Elle traduit également une évolution dans la manière d’aborder la recherche des origines : ne plus attendre uniquement qu’une personne adoptée entreprenne une recherche depuis son pays d’adoption, mais permettre également aux familles biologiques restées en Haïti de laisser leurs informations et leur ADN afin d’augmenter les possibilités de correspondance.
Vers une plateforme pour faciliter les recherches
Cette journée intervient par ailleurs à quelques jours d’une autre étape importante pour Voie d’Espoir : Le lancement de sa nouvelle plateforme numérique dédiée à la recherche des origines et à la reconnexion familiale.
Cette plateforme entend notamment créer un espace où les démarches entreprises des deux côtés d’une séparation familiale peuvent progressivement se rejoindre : d’un côté, des personnes adoptées qui recherchent leurs origines ; de l’autre, des familles biologiques qui, en Haïti, continuent parfois depuis plusieurs décennies de rechercher un enfant confié à l’adoption. Elle doit permettre de mieux structurer l’enregistrement des familles et des personnes adoptées, de documenter les informations disponibles et de faciliter les démarches de recherche, dans le respect du consentement, de la confidentialité et de la protection des données.
Pour une famille qui ne dispose aujourd’hui que de quelques informations, l’enjeu est également de pouvoir laisser une trace structurée de sa recherche. Car une absence de correspondance aujourd’hui ne signifie pas nécessairement qu’aucune retrouvaille ne sera possible demain.
Une nouvelle étape aux Pays-Bas
La dynamique du projet RAPWOCHE/KONEKTE doit également se poursuivre à l’international. Deux représentants de Voie d’Espoir doivent prochainement se rendre aux Pays-Bas dans le cadre du projet. Cette mission permettra notamment de poursuivre le travail avec Plan Kiskeya, d’évaluer les avancées enregistrées depuis le lancement du projet en 2024, de tirer les enseignements des différentes campagnes menées en Haïti et de travailler sur les prochaines étapes de la coopération.
Le déplacement doit également permettre de renforcer l’articulation entre le travail effectué en Haïti auprès des familles biologiques et les démarches entreprises à l’étranger par les personnes adoptées à la recherche de leurs origines. Une articulation indispensable pour des histoires familiales qui, avec l’adoption internationale, se sont souvent retrouvées séparées par des milliers de kilomètres et plusieurs décennies.